astro 09 keroual

[INTERVIEW] ASTROPOLIS : « TOUJOURS SUR LA PISTE D’APHEX TWIN »

Vendredi 1er juillet 2016, Astropolis fêtera son 22ème anniversaire. Au programme de ce pèlerinage estival : Emmanuel Top, Kerri Chandler, Agoria, Maceo Plex, Paula Temple, AZF ou encore Maud Geffray. À cette occasion, Chicnzic a pu discuter avec Matthieu Guerre-Berthelot. Interview avec l’un des pères fondateurs d’un évènement devenu une institution dans le monde des musiques électroniques.

© Souenellen

Le public déjanté d’Astro, à la Spring, le 4 mai dernier © Souenellen

Votre festival a passé les 20 ans d’existence. Un véritable symbole de longévité. Quel est votre modèle pour pérenniser Astropolis au fil du temps ?

Je crois que nous n’avons pas de modèle pour pérenniser Astro. Nous n’avions jamais imaginé, il y a plus de 20 ans, qu’Astropolis serait toujours là. Nous avons monté chaque événement comme si c’était le premier, sans vision à long terme. Même si nous avons rencontré pas mal de problèmes, ils ont constitué notre expérience pour nous aider à grandir. Nous avons aussi souvent eu de la chance : notre rencontre avec le Château de Keriolet, notre retour gagnant à Brest, notre association avec Uwe puis avec le Social club. Nous sommes rester obstinés, tout en se faisant plaisir. Nous avons toujours su garder une indépendance, à la pointe des musiques électroniques, tout en suivant nos goûts. Astropolis s’est fait petit à petit. D’une rave en 1995, c’est devenu un festival estival, puis il y a eu une édition d’hiver et aujourd’hui, nous développons même une boite d’édition et un label. Nous bookons des artistes qui sont devenus des amis… Et depuis, beaucoup de sang neuf a intégré l’organisation.

L’objectif : se perdre dans la fête !

Lorsque vous lancez votre première édition non officielle sous le nom de “Légendes” dans un camping à Saint-Pabu, votre événement est loin de ressembler à un festival. À quel moment vous vous êtes dit qu’il fallait transposer l’esprit des raves dans un format de festival, sans altérer ce dernier ? Et surtout, est-ce que vous considérez avoir réussi ?

Chaque année, l’objectif est de faire évoluer le projet, tout en gardant les fondamentaux de la culture rave, qui sont, pour nous : la diversité des scènes électro qui jouent en continu, de ne pas proposer de scène frontale face au public, où se succèdent groupes et pause buvette, d’obliger le public à faire un choix de scène ou à se perdre dans la fête… Depuis les débuts, nous scénarisons les soirées en imaginant une scénographie adaptée. L’idée est de toujours transformer un lieu sur un laps de temps. Mais nous avons évolué. Au début, le line-up de la nuit n’était même pas indiqué. Le passage d’une nuit de rave au format festival s’est fait en plusieurs étapes. Tout d’abord, en développant l’événement sur plusieurs nuits à partir de 2000. Ensuite, en 2003, après la tentative d’interdiction d’Astropolis, La ville nous a proposé de déployer Astropolis partout dans Brest et dans une version diurne. Et depuis 6 ans, nous imaginons une édition hiver, des actions culturelles tout au long de l’année, des collaborations avec la région Bretagne, la création d’un label… Nous sommes effectivement loin de Saint-Pabu en 1994, où nous étions encore étudiants. Honnêtement nous sommes satisfaits de voir comment les choses ont évolué. En tout cas, nous avons beaucoup de souvenirs, d’anecdotes à raconter. Nous avons eu la chance de vivre cette histoire et de la voir continuer à évoluer avec toujours autant d’excitation…

Astropolis est considéré comme l’un des plus anciens festivals de musiques électroniques encore en activité. Il y a-t-il des festivals, qui se sont lancés en même temps que vous, mais sans tenir sur la distance ?

Effectivement nous sommes un peu des dinosaures… des vétérans… Il y a évidemment eu Boréalis, la rave des Pingouins de Montpellier, qui a commencé quelques années avant nous. Elle a malheureusement rendu l’âme, à cause d’un orage dévastateur, alors que cela devenait un événement électro majeur en Europe. Il y a pas mal d’organisations qui ont dû déclaré forfait suite à la répression des autorités, comme à Lyon. Je pense à Poralis, un événement des Pingouins aussi. Certains ont voulu pérenniser leur événement comme Got Milk, à Strasbourg, mais c’est compliqué de passer d’un projet artisanal à un projet professionnel. Beaucoup d’événements ont été cassés par la scène free : un truc typiquement français qui traduisait le mot free par « gratuit », alors que pour les anglais cela voulait dire « libertaire », et tout ça pour finir par organiser des Sarkovals. Magic Garden à Paris a choisi de se diversifier et de devenir une structure d’événementiel de com… Et puis, il ne faut pas oublier les Transmusicales. On dit souvent que c’est un festival rock, mais c’est avant tout un festival de musiques actuelles et ce sont les premiers à avoir organisé une méga-rave, Rave Ô trans, que l’on pouvait assimiler à Mayday ou à Tribal Gathering… Et ensuite Planète…

Venir à Astropolis, ça se mérite !

On a l’impression qu’il y a deux écoles, celle du Weather ou du Dekmantel…, par exemple, qui veut se donner une dimension européenne, et celle d’Astro, plus familiale et centrée sur l’hexagone. Qu’en pensez-vous ?

Cela tient de notre situation géographique : Astropolis est au bout du monde. C’est un peu long pour s’y rendre… Je dirais que c’est un événement qui se mérite. Mais c’est vrai que nous souhaitons garder une dimension humaine au festival. Donc, nous adaptons notre communication. Nous travaillons beaucoup à travers les réseaux sociaux et au bouche-à-oreille. Un peu comme Spring, que nous organisons au printemps, au Château de Keriolet, où nous ne dévoilons pas le plateau, où la soirée est juste annoncée par mailing, pour laquelle les préventes se trouvent que dans 6 endroits en France, notamment chez un coiffeur à Concarneau. Nous aimons cultiver le secret, susciter l’intérêt… Pour Astropolis, nous misons aussi sur la découverte artistique, sur la variété de la programmation. De toute façon, nous n’avons pas les moyens de se payer les superstars de l’électro, et franchement cela ne nous intéresse pas vraiment, surtout quand nous les avons déjà programmé quelques années avant leur consécration. Je pense à Paul Kalkbrenner, Birdy Nam Nam, Gesaffelstein, Rone. Nous travaillons de la même manière que la Route du Rock à Saint-Malo. Après, nous avons aussi un public qui vient de toute l’Europe, en particulier en 2005, quand 15 mecs d’Underground Resistance ont débarqué de Detroit et pour la première fois en Europe, dans la cour du Manoir de Keroual. Tout ça, c’est difficile à faire passer dans les médias classiques, qui se trouvent beaucoup à Paris.

Quels sont les ingrédients d’une édition d’Astropolis réussie, après 22 années d’expérience ?

Avoir une belle programmation variée et originale, que l’on ne retrouve pas sur tous les festivals. Programmer des classiques, convaincre des artistes rares, mais aussi des découvertes, qui vont devenir incontournables. Il faut que les gens, quand ils regardent les plateaux des éditions passées, se disent « whaou » et qu’ils viennent en nous faisant confiance. Par exemple, nous ne demanderons jamais au public d’Astropolis ce qu’il voit et ce qu’il écoute. Pour nous, le but d’un festival, c’est de découvrir. Fuck la télévision et la culture prémâchée ! Et puis surtout ne pas oublier l’habillage, l’accueil du public. Garder l’esprit de la rave. Travailler des lieux uniques, avoir un bon son, de belles lumières, penser à de nouvelles décos. Faire un festival ou une fête dans laquelle nous aimerions aller. Et enfin rester critique sur ce que nous faisons, ne pas se satisfaire d’une édition réussie.

On prend volontiers les Daft Punk ! Ils seraient capables d’accepter

Du coup cette recette permet-elle de garder son âme, sans tomber dans un marketing à outrance ?

Je crois qu’il faut rester fiers de ce que nous faisons. Il faut se donner les moyens de le faire, sans voir trop grand pour pouvoir rester indépendant. Avoir une bonne gestion de l’événement. Nous connaissons à peu près le nombre de spectateurs qui vont se déplacer, donc nous sommes conscients des moyens que nous avons. Il ne faut pas déshabiller un aspect du festival pour en favoriser un autre. Ne pas tous miser tout dans la programmation et parquer le public comme du bétail, abruti par des sponsors. L’âme d’Astropolis, c’est la concrétisation d’un travail d’équipe fait tout au long de l’année. L’exemple, pour nous, reste les Transmusicales.

Les pères fondateurs ! © Souenellen

Le Sonic Crew en action ! © Souenellen

Depuis 3 ans, à l’image de la techno, Astropolis attire un nouveau public et voit passer davantage de monde dans son Manoir, chaque été. De quel œil vous voyez ça ?

Je trouve cela très positif. Je ne pense pas que ce nouveau public soit si novice. Il est même souvent très connaisseur, très alerte. Il est moins destroy qu’avant. Moins porté sur la défonce. Je ne crois pas non plus qu’Astropolis se soit transformé pour séduire un nouveau public. Actuellement, nous offrons une proposition artistique qui trouve son public. Nous n’avons pas à nous plaindre. Ensuite, j’entends dire que le public est jeune. J’aime bien répondre que c’est nous qui devenons de plus en plus vieux. Quand j’ai commencé à sortir, à aller en concert, j’avais 17 ans et on me regardait comme un branleur. Je n’ai pas envie de reproduire ce schéma, d’autant que la jeunesse et la vivacité sont la base de cette culture !

0e001630-9ece-4a44-b4ce-cdfd45330b13

Cette année, vous ramenez Emmanuel Top, une exclusivité, dont vous avez le secret ! Est-ce que le fait de ramener ce genre de surprise représente un challenge particulier que vous vous fixez avant d’établir la programmation, chaque année ? Qui sera la surprise de 2017 ?

Oui, nous sommes super contents de programmer un gars aussi rare qu’Emmanuel Top. Il fait partie de nos héros, comme Andrew Weatherall. Emmanuel Top était déjà rare au début des années 90 et ses tracks sont de véritables hymnes. Chaque année, nous cherchons à programmer des artistes qui nous font rêver, que nous ne voyons pas sur tous les festivals, comme François K, Fuck Buttons, Underground Resistance, Suicide, LFO, Chain Reaction, Sonic Boom, Rave Creator de PCP ou même Mix Master Mike ou Bérurier Noir… C’est notre côté fan… Pour 2017, je ne sais pas encore, nous sommes toujours sur la piste d’Aphex Twin, même s’il a été programmé sur Nördik Impakt ou à la Route du rock… Mais ça aurait grave de la gueule de le voir jouer au milieu d’une RAVE comme Astropolis. On prend volontiers aussi Daft Punk, qu’on programmerait sans les annoncer. Ils seraient capable d’accepter…




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre